Docteur Sax – Livre II : Un film-livre ténébreux

Précision : Jack Kerouac a divisé son roman Docteur Sax en six grands chapitres appelés « livres », numérotés de I à VI. Cet article traite du livre II.

« Un film-livre ténébreux » est le plus court « livre » du roman, il ne compte que vingt-deux pages divisées en vingt-cinq « scènes » écrites plus ou moins à la manière d’un scénario. Ce chapitre est clairement celui qui découragera les non-kerouackiens et les non-avertis, il s’agit d’une sorte de court-métrage sur papier, un film-livre effectivement, au sein duquel il ne se passe quasiment rien. L’histoire de Ti-Jean, de Sax et des autres n’y évolue pas, Kerouac s’attache juste à décrire encore plus précisément le cadre de son récit. On y visite sa maison d’enfance et chaque pièce, chaque meuble même, est décrit avec minutie. La pendule, la commode, le parquet, la poussière, tout y est précieux… C’est après un passage comme ça qu’on sait si on aime ou pas le « style » Kerouac.

« Je regarde à travers les gouttes de pluie depuis cet intérieur lugubre aux bruns d’un technicolor sur mesure. »
« Maintenant vous voyez ma chambre, ma chambre à coucher avec le bureau vert, le lit et la chaise, et les autres meubles étranges… »

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C’est également dans ce « film-livre ténébreux », à partir de la scène XI, que Kerouac entreprend de nous décrire le jeu qu’il a inventé quand il était enfant, un jeu de turf dans lequel les chevaux sont des billes. Le genre de jeu de pas mal de gamins, pourtant l’auteur semble encore y attacher une immense importance même plus de vingt ans après ! C’est peu dire que la nostalgie imprègne l’intégralité de Docteur Sax, le temps qui passe, ou est passé, est omniprésent, il s’immisce même entre les parenthèses : « (l’aiguille des secondes de l’horloge électronique tournait impitoyablement à travers la poussière) » (P. 102).

Pour les dernières pages de ce court deuxième chapitre, on passe de la maison familiale au Social Club de Pawtucketville, une sorte de salle de jeux dont le propriétaire n’est autre que Emil Duluoz (Leo Kerouac), le père de Jack. Le petit Jackie y va pour assister aux parties de billards d’un dénommé Saint-Louis qui est décrit dans les mêmes termes que le Docteur Sax et qu’il surnomme, d’ailleurs, l’Ombre !

« Il était si grand et si mystérieux qu’il était obligé de se placer très loin de la table avant de se pencher pour exécuter un coup, et pendant un instant il gratifiait l’assemblée du spectacle de sa tête grave énorme, de son nez en bec d’aigle noble et mystérieux et de son regard impénétrable et inexpressif. L’Ombre. »

La fin du livre II sonne, d’une certaine manière, la fin de l’introduction. Il est clair qu’après ça vous ne pourrez plus faire demi-tour, Kerouac déclare lui-même au tout début du livre III : « L’armature même du récit commence. » Il sera donc bientôt trop tard… Si vous voulez quitter la nuit kerouackienne et ses fantômes, si vous ne vous sentez pas de traverser la forêt hantée où vit le Docteur Sax, c’est maintenant ou jamais.

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« Dieu bénisse les enfants de ce film, de ce livre-film.
Je poursuis ma route dans l’Ombre. »

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