
***
Après Travnik, voici le nouveau morceau vocal de Zuunzug : Soleil Hurlant. Un morceau écrit principalement en Roumanie en juillet 2023. Le refrain m’est venu dans une chambre d’hôtel au septième étage d’un immeuble vitré de Bucarest, alors que la ville transpirait sous la canicule et que la clim défaillante menaçait de lâcher à tout moment… La musique est basée sur un sample découpé et recomposé d’une chanson de sevdah, la musique traditionnelle de Bosnie, ce qui fait en quelque sorte le lien avec Travnik.
Je mets ici les lecteurs Soundcloud et Youtube pour écouter le morceau, et le texte juste en-dessous.
***
Soleil Hurlant
Sur un fil aux fenêtres des tours soviétiques
les fringues sont sèches depuis une époque lointaine
le soleil hurlant, technocrate, méthodique
se charge comme toujours d’ébouillanter les blocs
il ne manquait plus que ça, la chaleur nous écrase
nous soumet au rythme lent qu’elle nous impose
plus assez d’eau ni de bière et trop loin de ma base
encore un jour où j’attends que tout explose
Vivement la nuit, la lune, les chiens errants, les zonards
qu’on fume et qu’on boive dans les carcasses de voitures
échouées sur la plage la plus sale de l’histoire
celles où tous les junkies vont pour leur piqûre
le cœur des filles paumées se perd dans les vagues
pas une once de fraîcheur ni un gramme de smog
c’est l’heure où l’on sort pour la défonce et drague
très loin des tubes de l’été et des boites en vogue
Soleil hurlant derrière des rideaux noirs
une procession de veuves défile sur le goudron
vous qui sortez d’ici, perdez tout espoir
dehors le monde brûle et ce n’est pas de passion
Spectres désossés, carcasses de caisses rêveuses
je quitte la casse dans une enveloppe fiévreuse
le soleil, l’affreuse chaleur qui ne s’arrête pas
comme une petite agonie à chacun de mes pas
la rivière bleu métal passe mais traîne l’enfer
les déchets nucléaire, le mercure et le fer
vers la mer, s’incrustent dans la vase
il sera difficile, un jour, de faire table rase
Les prosélytes, les nouveaux adeptes sortent des bureaux
se dirigent vers l’apocalypse en comptant leurs euros
qu’ils changeront en dollars devant Saint Pierre
au paradis on ne prend que les billets verts
le soleil me pointe du doigt, épuisé
mon t-shirt trempé, mes grosses chaussures fermées
mes considérations, alors que la ville s’écroule
ils sont tous sidérés, moi je trouve ça cool
Soleil hurlant derrière des rideaux noirs
une procession de veuves défile sur le goudron
vous qui sortez d’ici, perdez tout espoir
dehors le monde brûle et ce n’est pas de passion
Assis là, à cibler le silence
dans le bruit des moteurs et les cris de défiances
les effluves d’essence, près du fleuve pollué
assis là, seul, à enchaîner les cafés
la rue est une menace, une balance, les noces
du bien avec le mal ont rendu le monde féroce
je ronge le même os que les cloches vaincus
au piètre banquet des exclus…
Et je marche vers le soleil dans un désert de goudron
le sac plein d’alcool noir, fumé, brûlé
je pense à cette nouvelle guerre que nous perdrons
dans les médias, les réseaux manipulés
là-bas, le ciel pleure des bombes au phosphore blanc
tout droit de l’homme balayé
l’Occident écrit son histoire en rouge sang
dans la torpeur d’un éternel été
Soleil hurlant derrière des rideaux noirs
une procession de veuves défile sur le goudron
vous qui sortez d’ici, perdez tout espoir
dehors le monde brûle et ce n’est pas de passion
***
Texte & musique : Manu Hollard
Visuel : Malka Fleurot
Laisser un commentaire