En juillet 2023, je publiais un premier article sur mes collages réalisés à base de tickets, billets, cartes, journaux, etc., glanés lors de mes voyages. Les deux premiers collages couvraient neuf ans de périples à travers le monde (2014-2023), les trois qui suivent en couvrent dix (2014-2024). Je les ai réalisé il y a environ un an et demi, mais j’ai eu plus de mal à les faire reproduire que les deux premiers à cause de reliefs trop prononcés ! Tous les originaux font 65 x 50cm.
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2014 – 2024 (DANAS)
Contient (entre autres) : Une carte joker ramassée sur un trottoir à Cần Thơ, au Vietnam ; deux timbres grecs datant des années 50, trouvés dans une école abandonnée ; des ouvriers d’une manufacture de Gent ; la première page d’un petit journal roumain gratuit… Danas signifie aujourd’hui, c’est le titre d’un quotidien en Serbie.
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2014 – 2024 (FOREVERMORE)
Contient (entre autres) : Le flyer d’un excellent festival de danses traditionnelles ; une carte postale du Monténégro avec Dostoïevski ; un billet de train de Mongolie ; le plan à la main d’un compartiment de wagon de train… Le gros forevermore du milieu vient du Musée des relations rompues, à Zagreb. Quand on l’ouvre, le message devient : nevermore.
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2014 – 2024 (YOU ARE MY WITNESS)
Contient (entre autres) : Une page du « comics » Dylan Dog ; des extraits de journaux albanais ; un ticket de trolleybus de Sarajevo ; Robin Williams (extrait d’un journal acheté le lendemain de sa mort, alors que nous étions à San Francisco)… You are my witness vient d’un fascicule de la Galerie 11/07/95, lieu dédié à la préservation de la mémoire du massacre de Srebrenica.
Voici la Zone 84, mon usine à la plage Canettes de bière, bouteilles, seringues et coquillages Machine sans âge, chiens errants devant l’usine Poursuivent les mouettes dans les vestiges et les ruines
D’une ère passée, où l’industrie ramenait l’argent En témoignent la rivière polluée, le mercure, le plomb dedans Crasse des ans, héritage toxique Sous les ondulations dangereuses des fils électriques C’est pas l’Amérique, l’Eldorado À part les mouettes crasseuses, il ne reste plus un oiseau Et plus un gosse ne joue là où on jouait gamins Barrières et barbelés interdisent l’accès au terrain
Là où rien ne va bien, là où chacun fait Ce qu’il peut pour survivre sans jamais être aidé Des bibles et des articles de charlatans sur les étals Et moi qui vends des cartes postales De la Zone 84…
Les blockhaus sur la plage noire, les bâtiments inachevés Vestiges d’une station balnéaire qui n’a jamais existé Les terrasses de cafés vides en cette nuit de décembre Les flocons qui tombent comme des cendres Lassé sur la promenade du front de mer sinistre Sous les réverbères à la lumière blafarde Monotone et fade, toujours le même registre Comment y concilier mes émotions bâtardes
Une usine désolée au bord d’une rivière Qui charrie des pneus qui s’enterrent dans la boue et prennent racine Je connais cette atmosphère comme si c’était chez moi Même les dessin animés de mon enfance ressemblaient à ça
Des arêtes rongées par les chats dans les poubelles Je crois que c’est quand la ville était la plus sale qu’elle était la plus belle De vieilles balles de tennis déchiquetées par les chiens Et près de la benne à ordures tous les gamins du coin On grimpait sur les murs rouge brique, on y restait Comme cette photo d’ouvriers sur les gratte-ciels new-yorkais
Gamins aux genoux écorchés, aux fringues de nos grands frères On était déjà démodés rien qu’en arrivant sur Terre On s’est servi là où on pouvait dans nos coins perdus Avec la sensation à dix piges à peine d’être les rois de la rue Sur les graviers, le goudron, l’herbe, le tapis De feuilles humides de la forêt du début de nos vies Dans la Zone 84…
Zonant dans la Zone 84 au volant d’un vélo Mad Max Naviguant entre les tours de béton gris, relax De l’eau de machine coule sur le béton fissuré J’observe et m’interroge sur mon quartier déstructuré Quatre types aux mains pleines de cambouis passent Ça sent l’essence, plein de capots ouverts sur la place Le goudron semble fondre sous la chaleur D’un été brûlant et étouffant quelque soit l’heure
Les lézards exsangues écrasent sur le bitume Dans le bistrot du coin ça picole et ça fume Dans les champs, des carcasses de deux-chevaux crevées Les mobylettes hurlent, les pots d’échappement percés
Les grands hangars des chantiers rouillent sur la plage Dès qu’on sort de la gare, on fait face au grand large Quelques bandes de goudron à moitié ensablées Et de l’usine coule des liquides contaminés Cabanes en tôle où les vagues frappent à la porte Clochards sans complice, chiens errants sans escorte La vieille gitane tire les cartes dans sa caravane Et la tempête gronde sous les crânes
Cafés en gobelets servis sur le trottoir Grands-mères édentées qui mendient dans leur désespoir On prie ou se signe aux pieds des églises Mais rien, non rien, ne conjure la crise
La décharge publique déborde sur la rivière Les écrans cassés voguent de là jusqu’à la mer L’encre, la peinture se déversent et colorent L’eau et la terre qui supportent nos sorts Dans la Zone 84…
Ce morceau est un mélange de plusieurs enregistrements réalisés au Vietnam, en France et en Roumanie entre 2021 et 2024. Il contient aussi du synthétiseur Korg Monologue… L’idée était de fusionner plusieurs journées en une seule, d’exprimer en cinq minutes une palette de sensations ressenties à des moments très éloignés dans le temps et l’espace…
S’apprécie mieux au casque ou avec de bons écouteurs !