Version démente de « Sinkin’ Down », un des meilleurs morceaux de Scott H. Biram, en live en 2010 à Paris. Avec la satisfaction de pouvoir dire : « J’y étais ! »
Some day
Some how
I’m gonna make it go away
I been chasin’ these same old dreams around
Seems like forever and a day
Slippin’ down an old road again
Seems like I been this way before
This same old story’s like an old broken record
All the edges of my memories are worn
Steppin’ out
And fallin’ down
Through all the misery and sin
I’m sinkin’ fast in this old quicksand ground
Wish I could remember
What I had to do to live
Just like I did when I still had a handful of friends
Hey!
On the dawn
There’s a brand new horizon
It couldn’t be any worse than yesterday
Still in your heart
It’s just one more tomorrow
You gotta keep on beatin’ down the day
I keep starin’ up at the judge
Who says he won’t let me find my way
Hey!
Steppin’ out
And fallin’ down
Through all the feel good and pain
You take me in and you, spit me out
Drag it out just like a ball and chain
Would you believe some of my so called best friends
Don’t even know my name
Yeah!
Some day
Some how
I’m gonna make it go away
I been chasin’
These same old dreams around
Seems like forever and a day
Un texte écrit peu de temps après notre voyage en Californie en 2014, il m’a été inspiré par le quartier d’affaires (Financial District) de San Francisco, mais il peut aussi s’appliquer à La Défense ou à n’importe quel autre sinistre « quartier d’affaires » à travers le monde…
Passe, trace ta route sous ton masque de fer
peu de regards se croisent dans le quartier d’affaire
assortiments de figures presque identiques
pour presque la même étique, une sorte de no futur
le tic tac à court terme, transport express
le regard fuyant dans les effluves du stress
là-haut, l’adresse, la même, toujours
combien de fois le tour du monde pour un même parcours
il, déjà fantôme d’un monde fini
recherche ressources pour continuer d’entretenir l’ennui
sociétaire du désastre à venir, sûr
surendetté malgré de belles primes sur salaire
serre le dents dans les rues froides, sous les tours
certaines lumières ne s’éteignent jamais alentour
et lui qui suit la lanterne, guidé par un malade
interminable balade…
Des balles de pluie perlent sur les pare-brises
bousculades de regards vides sur les trottoirs de la crise
dans la cohue, accélère, ne perds pas ton berger
cynique conseiller, éclaireur imaginaire
les routes se ressemblent et toutes mènent ici
comme sous le dôme, il n’y a peut-être aucune sortie
et de l’autre côté du rêve, des hordes de clochards
en guenilles te menacent au bout de tes cauchemars
réveille-toi, si tu n’es pas déjà éveillé
hélas, il se pourrait que si, dans ce cas tu es enfermé
la nuit ne dort jamais dans les bâtiments de verre
de minuit à six heures, il y a toujours de la lumière
tubes néons, comme des phares, éclairent la baie
bouches béantes de buildings prêtes à tout dévorer
tous dans un rêve éveillé et des villes voisines
cette vision de l’enfer fascine…
Alors il tente de filer entre les gouttes grises
et les ectoplasmes en chemise sur les trottoirs bondés
dans le brouillard, grisé par ses nuits sans sommeil
malgré les cachets avalés, comme les bouteilles
aucune étoile ne brille, la grisaille a tout eu
et la terreur s’empare de lui, comme d’autres bien entendu
anonymes dépourvus de nom, ou presque
qui affichent une mine sérieuse sur leur visage grotesque
les taxis tracent, ne font que passer
mais ici le manège-menace ne s’arrête jamais
même si tout s’écroule, que les murs moisissent
le chien berger ramènera le troupeau dans la bâtisse
que ce soit une lumière factice ou une menace
quelque chose doit lui faire savoir où est sa place
et le plan de la ville déteint déjà sous la pluie
il est temps qu’il rentre chez lui…
Au delà du quartier des finances, tout n’est que vice et crime
alors qu’il garde son poste dans la société anonyme
la brume, la bruine, en vérité tout est voulu
et quand les emmerdes arrivent, les éléments évoluent
à une rue du bonheur ou à une rue de la mort
les clochards ne sont ici que pour les besoins du décor
hors-cadre, toutes les menaces seront suggérées
des fois qu’il veuille les tester…
en attendant, chaque minute, ou presque, le métro dégueule
expulse de sa bouche une foule immensément seule
et là-haut où les balayeurs rendent l’univers moins sale
l’illusion est totale et on ne compte plus les heures
à entretenir un leurre, un soi-disant paradis
il, déjà fantôme d’un monde fini
et vu d’ici, d’une ville voisine, cet enfer fascine
mais vous êtes éveillés…
Dans les faits, le « Desolation Angels » de Jack Kerouac est resté inédit en français jusqu’en 1998, quand les éditions Denoël se sont enfin décidées à sortir la version complète du roman dont ils n’avaient jusqu’ici publié que la… seconde partie, sous le titre des « Anges Vagabonds » en 1968.
Explication : « Desolation Angels », sorti en 1965 aux États-Unis, compte plus de 500 pages réparties en deux « livres » :
Livre 1 : Anges de la désolation (environ 300 pages)
Livre 2 : En passant (environ 220 pages)
« Les Anges Vagabonds » ne contient lui que le livre 2, « En passant ». Les 300 premières pages du roman (et quelles pages !) sont purement et simplement « oubliées » et on a rebaptisé tout ça d’un titre plus accrocheur, faisant évidemment référence aux « Clochards Célestes », sorti en 1963 en France (beaucoup plus tard, ce sont les éditions La Table Ronde qui feront très fort en rééditant le premier roman de Kerouac, « The Town And The City » sous le titre « Avant La Route »!).
« Anges De La Désolation » n’a donc été publié intégralement en France qu’en 1998 et le passage « Anges Vagabonds » (donc en fait le livre 2, « En Passant ») a eu droit à une nouvelle traduction, ce qui veut dire, à mon avis, qu’on peut raisonnablement oublier pour de bon la version tronquée de 1968…
C’est que, définitivement, les quelques 300 pages de prose amère qui remplissent le « livre 1 » sont absolument indispensables.
« Je n’ai aucune raison de chicaner avec l’absence de jugement placé dans les Choses par le Juge Absent qui a édifié le monde sans l’édifier. Sans l’édifier. »
Le livre commence alors que Kerouac est seul dans une cabane sur le pic de la Désolation (quelque part dans les montagnes de l’extrême nord-ouest des États-Unis) où il s’est installé pour deux mois en tant que surveillant de feux de forêts. Nous sommes à l’été 1956, un an seulement avant la publication de « Sur La Route » et Jack, constamment sollicité en ville, a une de ses furieuses envies de solitude qu’il aura toute sa vie sans jamais, finalement, ne réussir à supporter l’isolement.
Donc Kerouac est en haut de sa montagne et il médite, écrit et fait des plans sur la comète (1er chapitre : « Désolation dans la solitude »). À certains moments il s’émerveille, à d’autres il balise complètement mais, en définitive, il est très vite impatient de redescendre. Commence alors le chapitre 2, celui de la « Désolation dans le monde »…
Ces deux gros chapitres, d’environ 150 pages chacun, composent donc le livre 1 de « Desolation Angels », et si la prose de Jack est à son sommet, elle n’en est pas moins extrêmement désabusée la majeure partie du temps.
« Et la grimace de Raphaël m’arrache quelques larmes très vite, je le vois, je souffre, nous souffrons tous, des gens meurent dans vos bras, c’est insupportable mais il faut continuer comme si de rien n’était, non ? Non, lecteurs ? »
Vient ensuite le livre 2, « En passant », où Kerouac voyage à Mexico puis à New York avant de rejoindre William S. Burroughs à Tanger, en Algérie, où il passe ses journées à se défoncer avant de perdre goût à tout à la suite d’une overdose d’opium… Il finit par réaliser son rêve de venir en France (terre de ses ancêtres) mais le cœur n’y est déjà plus et il traverse le pays comme un fantôme, triste et maussade. Après un court séjour à Paris, il poussera son voyage jusqu’à Londres mais uniquement pour obtenir de l’argent de son éditeur et se payer son billet de retour aux États-Unis (en bateau) afin de retrouver le rassurant foyer familial.
« tout ce que je voulais maintenant d’une certaine manière, c’était des corn flakes près d’une fenêtre de cuisine en Amérique avec le vent chargé de l’odeur des pins, c’est à dire une vision de mon enfance en Amérique je suppose. »
Le retour aux États-Unis est l’objet du dernier chapitre du livre, Kerouac dilapide la dernière avance de son éditeur pour faire déménager sa mère en Californie et voyage avec elle de New York à San Francisco à bord des bus Greyhound. Quelques semaines plus tard, « Sur La Route » sort en librairie et Jack s’apprête à vivre, ce qu’il appelle quelque part dans le livre, « l’horreur de la notoriété littéraire ». Quant à « Mémère », elle ne se plaira pas en Californie et repartira rapidement sur la côte Est.
Écrit entre 1956 et 1961, « Anges de la Désolation » relate une période charnière dans la vie de Kerouac, il retrace ces quelques mois qui ont précédé la publication et le succès fulgurant de « Sur La Route », le roman qui changea la vie de Jack et en fit, bien malgré lui, une star et une icône de la beat génération.
« Penser que j’ai été tellement mêlé à cette affaire, en fait à ce moment précis le manuscrit de « La Route » était en cours d’impression pour une publication imminente, et tout le truc me fatiguait déjà. »
Pour résumer, « Anges de la Désolation » est, selon moi, une des œuvres majeures de Jack Kerouac, même si il est vrai que je dis ça de la moitié de ses livres… En tout cas, zappez « Les Anges Vagabonds » et préférez l’original !
« tandis que le soleil orange de Lowell octobré obliquait à travers les stores du porche et de la cuisine et découpait une colonne de poussière paresseuse dans laquelle mon chat était en train de lécher sa patte avant lap lap avec langue de tigre et dents pointues, tout subi et poussière advenu, Seigneur – ainsi à présent dans mes vêtements sales et déchirés je suis un paumé dans les Hautes Cascades et tout ce que j’ai pour cuisine, c’est cette hallucinante cuisinière déglinguée avec son tuyau fendu et rouillé – calfeutré, ouais, au plafond, avec de la vieille toile à sac, pour empêcher les rats d’entrer la nuit – des jours il y a bien longtemps au cours desquels j’aurais pu tout simplement me lever et aller embrasser soit ma mère soit mon père et dire « Je vous aime parce qu’un jour je serais un vieux paumé dans la désolation et je serais seul et triste » – Ô Hozomeen, ses rochers resplendissent dans le soleil déclinant, les inaccessibles parapets de forteresse se tiennent comme Shakespeare dans le monde et à des kilomètres à la ronde pas une chose qui connaisse le nom de Shakespeare, d’Hozomeen ou le mien. »