• Gospić / Smiljan

    24 – 26 juillet 2021

    « Je me fiche qu’ils aient volé mon idée… Je m’inquiète du fait qu’ils n’en aient pas eux-mêmes. »

    Nikola Tesla

    En Croatie, le réseau de bus est plutôt bien foutu, on peut aller presque partout pour pas très cher et le site Arriva permet de s’y retrouver en ce qui concerne les grandes lignes. C’est donc en bus que nous avons quitté la Dalmatie pour remonter en direction de la capitale mais, avant d’aller découvrir Zagreb, nous avons décidé de faire une étape dans un coin un peu plus tranquille…

    Nous avons été les seuls passagers du bus à descendre à Gospić, petite ville de 6500 habitants située au cœur de la Lika, la région la plus sauvage et la moins peuplée de Croatie, tout en reliefs montagneux et vallées verdoyantes, s’étendant de la côte jusqu’à la frontière bosnienne.

    Accueillis par un retentissant « Ah, you are my tourists » en arrivant à l’apartmani (location chez l’habitant) que nous avions réservés, nous nous sommes retrouvés – après cinq nuits dans des logements plutôt précaires à Split – dans un appartement tout confort, au calme, avec une bouteille d’eau de vie dans le frigo en guise de cadeau de bienvenue !

    Nous ne sommes restés que deux nuits à Gospić, notre idée principale en venant ici était d’aller ensuite jusqu’à Smiljan, un petit village distant de quelques kilomètres, pour y visiter le Mémorial Nikola Tesla.

    Car si « Tesla » fait aujourd’hui penser à la voiture électrique d’Elon Musk, il ne faudrait pas oublier que ce nom est avant tout celui d’un des plus grands inventeurs des XIXème et XXème siècle, un penseur de génie qui a « éclairé le monde », en posant notamment les bases de l’utilisation du courant alternatif à grande échelle.

    Nikola Tesla est né en 1856 à Smiljan au sein d’une famille serbe orthodoxe, à une époque où la Croatie faisait encore partie de l’Empire d’Autriche. D’où une querelle bizarre et persistante entre les gouvernements serbes et croates qui s’écharpent régulièrement à propos des origines de Tesla, né autrichien dans une ville historiquement croate mais au sein d’une famille serbe… Maintenant que ces deux pays sont indépendants, Tesla est-il plus authentiquement croate ou serbe ?

    La question est prise très au sérieux par les deux parties et la controverse a d’ailleurs rejailli pendant notre voyage lorsque le gouvernement croate a annoncé la future création de pièces de monnaie à l’effigie de Nikola Tesla…

    De son vivant en tout cas, Tesla a d’abord été autrichien puis… américain. Il a en effet pris la nationalité américaine à l’âge de 35 ans, alors qu’il vivait et travaillait aux États-Unis depuis déjà longtemps et qu’il y passerait ensuite le reste de sa vie, ses découvertes contribuant grandement à l’électrification du pays.

    Inventeur de génie mais mauvais comptable, il s’enrichit aussi vite qu’il se ruine et meurt complètement fauché à New York en 1943, laissant derrière lui des ardoises de plusieurs milliers de dollars aux hôtels de luxe dans lesquels il vivait.

    Quoi qu’il en soit, la visite du Mémorial vaut vraiment le coup et la marche de six kilomètres entre Gospić et Smiljan s’avère une excellente randonnée, à condition de passer par les petits chemins plutôt que par la route principale.

    À noter aussi que Gospić est une ville infiniment plus vivante que les villes françaises comptant le même nombre de résidents, car quelle ville de moins de 10 000 habitants en France possède encore une dizaine de bars, plusieurs restaurants, deux ou trois terrains de sport et de multiples épiceries ?

    Merci Gospić, merci Smiljan, un dernier kava (café) au Club Bizzare à côté de la gare routière et nous partons pour Zagreb.


  • Zagreb, premier passage

    26 Juillet – 1 Août 2021

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    Rundek Cargo Orkestar (Darko Rundek) : Zagrebačka magla (La brume de Zagreb), live :

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    D’abord logé à Gajnice, très à l’ouest du centre-ville, on prend souvent le tramway à la station terminus Črnomerec et je deviens rapidement fan de ce lieu plein de kiosques, de stands, de cafés et de pekare (pekara/pekarnica, sortes de boulangeries où l’on vend toutes sortes d’en-cas et qui sont pour certaines ouvertes toute la nuit). Nos trajets se font sur la ligne 11 qui traverse tout Zagreb d’ouest en est et qui donne son nom à un des groupes pionniers du hip-hop croate, Tram 11. C’est le retour dans la ville, avec un grand Z, et j’ai toujours adoré zoner en ville.

    On traîne d’abord à Gajnice puis on découvre le centre-ville avant d’aller nous perdre volontairement dans différents quartiers. On squatte les terrasses du Spunk, du Mali Medo et de quelques autres, on marche des heures et on rentre tard la nuit tandis que la nature reprend ses droits à Črnomerec

    Malka retourne ensuite en France et je prends un lit dans une auberge de jeunesse bondée où la clim tourne à plein régime jours et nuits. Je partage ma chambre avec un croate, deux américains, un anglais et un turc. L’auberge est située tout près du stade Maksimir où joue le Dinamo Zagreb, mais je traîne plutôt à côté, dans le grand parc du même nom ouvert 24 heures sur 24. Je projette de randonner sur la montagne Medvednica mais – est-ce le manque de temps, la chaleur écrasante ou juste une histoire de flemme – je finis par y renoncer.

    Je continue d’explorer la ville, prends le frais dans le tunnel Grič et me procure une compilation de musiques actuelles croates. J’y découvre plusieurs groupes et en découvrirai beaucoup d’autres par extension – voir Rayon Découvertes #4 – mais la « brume de Zagreb » chanté par Darko Rundek, ça reste quand même vraiment le top.

    Après six jours à Z, je refais mon sac, marche jusqu’à la gare routière et pars explorer une autre ville…

    À suivre : Osijek.

    Manu


  • Osijek

    1 – 4 août

    Après la côte Adriatique, la Lika et Zagreb, j’ai continué mon exploration des différentes régions du pays en me rendant à Osijek, la plus grande ville de Slavonie, province la plus orientale de Croatie, voisine de la Serbie, de la Hongrie et de la Bosnie.

    Osijek est située sur la rive droite de la Drave, rivière qui prend sa source en Italie et se jette dans le Danube à une vingtaine de kilomètres à l’est de la ville, le fleuve marquant alors la frontière naturelle entre la Croatie et la Serbie.
    La Slavonie, peu vallonnée, est essentiellement une région de plaines et de rivières où les champs de blé s’étendent sur des kilomètres au bord des routes, elle offre donc un décor assez différent de ce que j’avais vu jusqu’ici en Croatie. C’est aussi une province bien moins courue des touristes étrangers et on n’y entend plus parler anglais partout. Un bon endroit, donc, pour enrichir un peu son répertoire de mots croates !

    ***

    Je suis arrivé à Osijek en fin d’après-midi et j’ai marché de la gare jusqu’au quartier résidentiel où j’avais réservé un logement pour trois nuits. Alors que je galérais avec mon gros sac sous un soleil de plomb, un orage a subitement éclaté et je suis arrivé trempé à la Guest House Talas.

    Le propriétaire des lieux a appelé son fils pour qu’il fasse le traducteur car lui ne parlait pas un mot d’anglais, il a en revanche bien rigolé en décryptant ma carte d’identité, mes prénom, deuxième prénom et patronyme me donnant un nom à rallonge qui le faisait halluciner sur les blases interminables des francuski (français) ! Puis il m’a remis ma clef et je me suis retrouvé dans une grande chambre, la seule occupée au rez-de-chaussée de cette sorte de maison d’hôtes à l’ambiance plutôt relaxe et familiale.

    Trois jours (à peine) pour découvrir une ville, c’est toujours trop peu, surtout pour moi qui aime flâner… Alors selon où je loge, ce que je remarque en premier ou ce dont j’ai entendu parler, j’ai tendance à me concentrer sur quelques quartiers en particulier. Dans le cadre d’Osijek, ça a été la vieille ville et les alentours de la Drave.

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    La vieille ville d’Osijek se tient en une dizaine de rues et ruelles qui constituaient auparavant l’intérieur du fort Tvrđa, construit au XVIIIème siècle au bord de la Drave pour protéger la ville. À Tvrđa, on passe de l’église baroque Svetog Mihaela (Saint-Michel) et des imposants bâtiments de la place principale (Trg Svetog Trojstva) à de petites allées pavées bordées de longues bâtisses aux murs dont la peinture s’écaille. Entre deux logements abandonnés ou en travaux, on trouve des musées, des écoles, des restaurants, c’est un quartier très contrasté et étonnant, j’ai vraiment beaucoup aimé.

    En plein après-midi, sous le soleil écrasant du mois d’août, la vieille ville prend même des airs d’Andalousie avec ses statues de saints catholiques et ses bâtiments blanc et jaune ocre baignés dans une lumière éclatante. Un côté western aussi, du fait des nombreuses bâtisses délabrées, des réverbères aux ampoules brisées et des rues retournées par les travaux de rénovation. (Voir Broken World VII)

    C’est ici que j’ai visité le Musée de la Slavonie pour la modique somme de 20 kunas (environ 2€70), un très grand musée dans lequel on peut voir à peu près tout ce qui a été découvert ou fabriqué en Slavonie depuis que le monde est monde, des os de dinosaures jusqu’aux stylos promotionnels d’une banque locale.

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    Pour ma deuxième soirée à Osijek, j’ai voulu aller pique-niquer sur les rives de la Drave mais cela s’est avéré impossible à cause des moustiques, en très forte supériorité numérique et méchamment agressifs. J’ai dû m’enfuir vers le fort en une retraite pathétique, battant des mains dans les airs comme un fou luttant contre un ennemi imaginaire…

    Dans la journée, j’étais passé sur la rive gauche pour aller « visiter » les catacombes. Tout près, il y avait un des monuments dédiés aux habitants de la ville tués durant la guerre de Croatie (qu’on appelle ici domovinski rat, « guerre de la patrie ») et j’y avais pris une claque en voyant les centaines de noms inscrits dessus. Les horreurs de la guerre ne sont quasiment plus visibles sur la côte ou à Zagreb, mais il est difficile d’y échapper en Slavonie, et pour cause, ce fut la région la plus touchée du pays.

    Les combats à Osijek furent intenses mais la ville ne fut jamais prise. Au carrefour de la rue Kneza Trpimira et de la route de Vukovar, l’installation artistique de la « Fiat rouge » (Fićo gazi tenka!), détournement d’un événement ayant réellement eu lieu, est là pour rendre hommage à la résistance des habitants d’Osijek !

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    Arrivé le 1er août au soir et reparti le 4 en début d’après-midi, je n’ai en définitive passé que deux jours pleins à Osijek, un court séjour pendant lequel il m’a aussi fallu planifier la suite de mon voyage et en partie mon retour en France, qui approche dangereusement. Ce sont les joies du voyage improvisé, il faut de temps en temps se réserver des créneaux pour décider de la suite à donner au périple et s’organiser un peu !

    Le jour de mon départ, après avoir pris un café dans un bar bien punk, j’ai traîné sur un des petits marchés de la ville puis je me suis posé sur un banc dans un parc d’où j’ai vu une bande d’anciens débattre à grands gestes devant ce qui me semblait être un saloon, car Osijek a définitivement un petit côté « Far East »… Enfin, j’ai acheté un börek dans une pekara puis j’ai attendu à la gare routière, debout au milieu de tous ces gens en partance ou en transit, leurs sacs sur le dos ou à la main, prêts à quitter la ville.

    Episode 7 : Vukovar.