Lorsque je suis arrivé à Zagreb, je voyageais depuis déjà presque deux mois mais je n’avais toujours aucune envie de rentrer ! J’ai alors décidé de faire une « vraie » pause dans cette ville, histoire de souffler un peu, d’expédier les affaires courantes et de faire mes plans pour la suite. Je suis resté dix jours à Zagreb, et il m’est arrivé tellement de choses que je n’ai pas du tout eu le temps de me reposer… Evidemment.
Lors du tri de mes (très) nombreux enregistrements de voyage, je me suis aperçu que l’un d’entre eux ne contenait aucune information quant au moment de sa captation (normalement, le nom du fichier indique par défaut la date et l’heure de l’enregistrement). J’ai écouté la bande et je suis tombé sur quelque chose d’extrêmement bizarre que je ne me rappelais pas du tout avoir enregistré ! Après enquête, je suis arrivé à la conclusion que j’avais sûrement chopé ça à Zagreb, un soir en laissant traîner mon enregistreur… quelque part.
L’étrangeté de l’enregistrement m’a donné envie de bosser dessus. On y entend un chanteur d’opéra, la radio, des voix, des trucs qui tombent… J’ai découpé la bande et l’ai mêlé à d’autres field recordings captés eux aussi dans la capitale croate. Ça a donné Basement Radio. J’aurais aimé avoir une meilleure qualité sonore pour tenter un truc comme ça mais bon, ça m’a donné des idées pour la suite !
Surprenante ville que Banja Luka. Deuxième plus grande cité de Bosnie-Herzégovine et capitale de facto de la République serbe de Bosnie, elle ne ressemble en rien ni à Sarajevo, ni à Tuzla, ni à aucune des autres villes que nous avons visité en Bosnie.
Logés dans un sympathique appartement en périphérie du centre-ville, nous y avons passé trois jours, nos trois derniers en Bosnie avant de traverser la Save et de retrouver la Croatie.
Why Brčko? C’est la question que nous ont posé, avec un réel étonnement, la plupart des bosniens à qui nous avons déclaré vouloir nous rendre dans cette petite ville située au bord de la Save, à un pont de la frontière croate.
Brčko n’est, il est vrai, ni la plus touristique ni la plus illustre des villes de Bosnie-Herzégovine, elle a cependant un statut extrêmement particulier dans le pays. Elle fait en effet parti, depuis 2000, d’un « district autonome » (le district de Brčko) qui ne dépend ni de la Fédération de Bosnie-et-Herzégovine ni de la République serbe de Bosnie, tout en faisant parti des deux… En gros, ce territoire possède son propre gouvernement et jouit d’une certaine autonomie mais reste soumis aux lois du pays. Si vous voulez en savoir plus sur le sujet, je vous invite à lire les quelques articles de fond qu’on peut trouver sur internet car je ne vais pas me risquer à rentrer dans les détails !
Bref, why Brčko? Pour la curiosité principalement. Curiosité pour une ville que l’auteur Bekim Sejranović évoque souvent, même si c’est la plupart du temps pour parler de la rivière qui y coule, la Save. Curiosité pour une zone ayant un statut autonome, même si cela ne fait pas beaucoup de différence au final… Curiosité pour une ville située pile à la frontière, une frontière qui n’existait pas il y a encore trente ans. Curiosité pour un lieu dont on ne savait pas prononcer le nom (se prononce Beurtchko). Et, bien sûr, curiosité pour un endroit qui n’est dans à-peu-près aucun guide ou blog de voyage, une ville qui ne possède ni lieu « à visiter absolument » ni attraction « à ne pas rater ». J’ai appris dans le passé que c’est souvent dans ce genre d’endroit qu’on peut vivre les trucs les plus drôles et faire les rencontres les plus improbables, et ces trois jours à Brčko me l’ont encore une fois confirmé !
Why Brčko? Nous avons cessé de nous poser la question dès le premier soir après un concert de musique folk dans un Balkan Pub surpeuplé. Le deuxième soir, un mercredi, fut encore plus dingue et s’est achevé dans une ambiance presque « kusturicienne » (voir les films d’Emir Kusturica). Le troisième fut l’apothéose, rencontres, rigolades et bières jusqu’à pas d’heure dans un bar qui aurait dû être fermé depuis longtemps… Et dire qu’on n’était qu’au milieu de la semaine !
À séjour de dingue, bande-son déglinguée ! Le Brčko Field Recording n’est ni le plus propre ni le plus « pro » de mes enregistrements mais il est à l’image de cette ville ou, en tout cas, de ce que nous y avons vécu : Les enfants crient, les chiens aboient (et font saturer les micros), les gens chantent (mal ?) et la musique est toujours à fond. Bref, on s’est éclatés et inutile de nous demander why on retournera à Brčko !
(Groupe qui joue sur l’enregistrement : Erman i Boris au Balkan Pub)