À notre retour de Mongolie en 2017, je suis resté fasciné pendant des mois par les musiques que l’on avait découvert là-bas, j’en ai d’ailleurs fait un article à l’époque : Rayon découverte #3 – Chant des steppes/Chant des villes. J’ai écouté des dizaines d’albums de groupes de Mongolie et des régions de l’Altaï et de Tuva en Sibérie et, bien évidemment, j’ai fini par en extraire quelques samples.
J’ai commencé à bosser sur Horizons en 2018 avec des échantillons dénichés notamment chez Huun-Huur-Tu, un groupe de Tuva, mais quelque chose ne fonctionnait pas et j’ai fini par mettre ce morceau de côté. J’y suis revenu plusieurs fois sans succès, jusqu’à récemment où j’ai fini par trouver ce qui n’allait pas et j’ai donc pu terminer ce titre dont les origines et les sonorités remontent au tout début de l’histoire de Zuunzug.
Trentième morceau du groupe, ce sera le dernier avant un petit moment puisqu’on va maintenant s’atteler à retravailler, remixer et remasteriser une sélection de nos titres pour essayer d’en faire un disque…
En attendant, voici Horizons, sous-titré Musique pour un cheval dans les steppes mongoles.
En Mars 2020, quelques jours avant le début du confinement, j’enregistrais le poème « Nocturne Vulgaire » de Arthur Rimbaud pour un projet de compilation. Un peu plus tard, alors que les rues étaient vides et que quasiment toute vie sociale avait cessé, Malka doublait ma voix et on envoyait le morceau à Cian Orbe, au Chili, dans un autre monde. La Compilation est sortie le 9 Avril et ce n’est qu’à ce moment-là que j’ai vu le lien entre le texte que j’avais choisi et le contexte du moment… Aujourd’hui, on remet « Nocturne Vulgaire » (extrait du recueil « Les Illuminations ») au goût du jour en le publiant sur notre page Soundcloud.
Mais il y a aussi du neuf ! Il y a quelques semaines, j’ai participé au Disquiet Junto Project numéro 455. Le concept des Disquiet Junto est le suivant : toutes les semaines, l’équipe envoie une proposition de composition et tu as quelques jours pour créer un morceau, ou non. La semaine 0455, va savoir pourquoi, la proposition m’a inspiré, il s’agissait d’imaginer l’univers sonore… d’une méduse. Le morceau a été créé en quelques heures et Malka a réalisé le visuel dans la foulée, à minuit on publiait la piste. Voilà ce que ça donne :
Ces deux morceaux sont en téléchargement gratuit, vous pouvez donc les partager avec vos copains fans de Rimbaud ou avec vos amies méduses, n’hésitez pas.
Hubert-Félix Thiéfaine : Exercice de simple provocation avec 33 fois le mot coupable
Je me sens coupable d’avoir assassiné mon double dans le ventre de ma mère & de l’avoir mangé Je me sens coupable d’avoir attenté à mon entité vitale en ayant tenté de me pendre avec mon cordon ombilical Je me sens coupable d’avoir offensé & souillé la lumière du jour en essayant de me débarrasser du liquide amniotique qui recouvrait mes yeux la première fois où j’ai voulu voir où j’en étais Je me sens coupable d’avoir méprisé tous ces petits barbares débiles insensibles, insipides & minables qui couraient en culotte courte derrière un ballon dans les cours de récréation & je me sens coupable d’avoir continué à les mépriser beaucoup plus tard encore alors qu’ils étaient déjà devenus des banquiers, des juges, des dealers, des épiciers, des fonctionnaires, des proxénètes, des évêques ou des chimpanzés névropathes Je me sens coupable des lambeaux de leur âme déchirée par la honte & par les ricanements cyniques & confus de mes cellules nerveuses
Je me sens coupable / Coupable !
Je me sens coupable d’avoir été dans une vie antérieure l’une de ces charmantes petites créatures que l’on rencontre au fond des bouteilles de mescal & d’en ressentir à tout jamais un sentiment mélancolique de paradis perdu Je me sens coupable d’être tombé d’un tabouret de bar dans un palace pour vieilles dames déguisées en rockstar, après avoir éclusé sept bouteilles de Dom Pé 67, dans le seul but d’obtenir des notes de frais à déduire de mes impôts Je me sens coupable d’avoir arrêté de picoler, alors qu’il y a des milliers d’envapés qui continuent chaque année, à souffrir d’une cirrhose ou d’un cancer du foie ou des conséquences d’accidents provoqués par l’alcool De même que je me sens coupable d’avoir arrêté de fumer alors qu’il y a des milliers d’embrumés qui continuent chaque année, à souffrir pour les mêmes raisons à décalquer sur les poumons en suivant les pointillés & je me sens aussi coupable d’être tombé de cénobite en anachorète & d’avoir arrêté de partouzer, alors qu’il y a des milliers d’obsédés qui continuent chaque année, à souffrir d’un claquage de la bite, d’un durillon du clitoris, d’un anthrax max aux roubignolles, d’une overdose de chagatte folle, d’un lent pourrissement scrofuleux du scrotum & du gland, de gono, de blenno, de tréponem, de chancres mous, d’HIV ou de salpingite
Je me sens coupable / Coupable !
Je me sens coupable d’être né français, de parent français, d’arrière arrière etc. grands parents français, dans un pays où les indigènes pendant l’occupation allemande, écrivirent un si grand nombre de lettres de dénonciation, que les nazis les plus compétents & les mieux expérimentés en matière de cruauté & de crimes contre l’humanité, en furent stupéfaits & même un peu jaloux Je me sens coupable de pouvoir affirmer qu’aujourd’hui, ce genre de pratique de délation typiquement française est toujours en usage & je prends à témoin certains policiers compatissants, certains douaniers écœurés, certains fonctionnaires de certaines administrations particulièrement troublés & choqués par ce genre de pratique Je me sens coupable d’imaginer la tête laborieuse de certains de mes voisins, de certains de mes proches, de certaines de mes connaissances, de certains petits vieillards crapuleux, baveux, bavards envieux & dérisoires, appliqués à écrire consciencieusement ce genre de chef d’œuvre de l’anonymat Je me sens coupable d’avoir une gueule à être dénoncé
Je me sens coupable / Coupable !
Je me sens coupable de garder mes lunettes noires de vagabond solitaire, alors que la majorité de mes très chers compatriotes ont choisi de remettre leurs vieilles lunettes roses à travers lesquelles on peut voir les pitreries masturbatoires de la sociale en train de chanter c’est la turlute finale Je me sens coupable de remettre de jour en jour l’idée de me retirer chez mes Nibelungen intimes & privés, dans la partie la plus sombre de mon inconscient, afin de m’y repaître de ma haine contre la race humaine & même contre certaines espèces animales particulièrement sordides serviles & domestiques que sont les chiens, les chats, les chevaux, les chèvres, les tamagotchis & les poissons rouges Je me sens coupable de ne pas être mort le 30 septembre 1955, un peu après 17 h 40, au volant du Spider Porsche 550 qui percuta le coupé Ford de Monsieur Donald Turnupseed Je me sens coupable d’avoir commencé d’arrêter de respirer, alors qu’il y a quelques six milliards de joyeux fêtards crapoteux qui continuent de se battre entre eux & de s’accrocher à leur triste petite part de néant cafardeux
Je me sens coupable / Coupable ! Je me sens coupable / Coupable !